LIEUX DE CULTE
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Sainte-Anne-du-Bocage
 

     

 

 Homélies - événements spéciaux 


1   Homélie du 14 août 2005 par Père Zoël Saulnier du l4 août 2005 en l'église St-Pierre-aux-Liens de Caraquet à l'occasion du 250e anniversaire de la Déportation des Acadiens
2   Homélie du 4 septembre 2005 par Père Zoël Saulnier à l'occasion du 250e anniversaire de la Déportation des Acadiens à l'Oratoire St-Joseph à Montréal
3   Homélie du 24 avril 2005 par Père Serge Comeau, à l'occasion du 50e anniversaire de vie religieuse de Sr Lorraine DeGrâce, c.n.d.
4   Homélie du 4 septembre 2005 par Père Serge Comeau, messe de la Rentrée avec Ode à l'Acadie - Jour du Seigneur à la télévision de Radio-Canada 
5   Homélie du 15 août 2005 par Père Serge Comeau à l'occasion de la Fête Nationale des Acadien.ne.s au Sanctuaire Sainte-Anne-du-Bocage de Caraquet
6   Bilan de sept années de ministère pastoral dans l'unité pastorale St-Jean-Eudes - samedi 19 août (Bas-Caraquet) et dimanche 20 août 2006 (Caraquet)

Homélie du 14 août 2005 par Père Zoël Saulnier en l'Église St-Pierre-aux-Liens de Caraquet à l'occasion du 250e anniversaire de la Déportation des Acadiens : [revenir au début]

Au cœur du Festival acadien 2005 et dans l’expérience de la Maison de La Culture chrétienne où le mariage de la foi et de la culture se vit, nous sommes venus en ce dimanche, à la suite de nos ancêtres, nous aussi  en cette célébration eucharistique nourrir l’héritage de notre foi transmise de générations en générations et chanter avec tous les peuples de la terre :

                   Dieu, que les peuples t’acclament ! Qu’ils t’acclament

                   tous ensemble !     

Ce refrain du psaume de ce dimanche qui est comme une immense accolade que tous les peuples de la terre donnent au peuple acadien en  ce 250ième anniversaire de notre déportation, en ce temps de grande mémoire. Une déportation non pas à célébrer mais à commémorer comme nous l’avons vu dans l’excellent documentaire d’un talent d’ici Renée Blanchar : Le souvenir nécessaire.                

Avec le thème « Il rassemble les déportés », la Maison de la Culture chrétienne fait le lien entre la foi judéo-chrétienne et la foi de nos origines qui font partie de nos bagages. En visitant l’exposition de la Maison de la Culture chrétienne, j’ai compris la fécondité d’un événement comme le grand dérangement où l’esprit de créativité ressurgit dans les talents de nombreux exposants. Conscients que dans l’Acadie de la modernité, des choix sont à faire afin de bâtir un avenir sûr, j’ose croire que malgré tout il y aura toujours dans un choix libre une dimension religieuse à vivre dans la fidélité à nos origines dans nos projets de société. Une dimension religieuse non pas de soumission mais de libération pour mieux donner un souffle de vie à notre culture, une dimension religieuse qui fait partie de nos gènes.

Dans la parole de Dieu proclamée et accueillie par nous en ce dimanche, c’est une femme, une Cananéenne, qui dans sa foi fougueuse,  nous ouvre à nous tous et toutes, en cette année de 250ième de notre déportation, un chemin d’audace, mais aussi un chemin de liberté. Foi et liberté vont ensemble pour mieux épanouir les humains que nous sommes.  L’évangile nous présente une femme païenne et étrangère  au peuple  juif dont descendait Jésus, une femme  qui dépasse le monde des privilèges et des préjugés même pour s’imposer dans une demande de guérison non pas pour elle mais pour sa fille. Dans cette démarche altruiste, dans cette femme, j’y vois un peu l’histoire de notre peuple, du peuple acadien  qui aussi s’est imposé au-delà des règles du jeu, un peuple condamné et qui a relevé la tête dans les forces de ses convictions  pour dépasser les décrets d’une puissance étrangère à sa culture et à sa foi  et  dans l’entêtement de vivre à filer entre les pattes du gouvernement britannique afin de déjouer ce qu’il y a  eu de plus mesquin et de plus bas  dans l’histoire.  Au-delà de la déportation revenir plus fort que jamais et réapparaître sur nos terres d’ici et d’ailleurs à travers les brèches que nos ennemis  avaient oublié de calfeutrer.

Quelle humiliation pour ces gens qui avaient décrété notre fin, mais quelle gloire pour nos ancêtres et nous-mêmes nous qui sommes rassemblés ici à la veille de notre fête nationale ! Quelle est la grande la valeur de notre peuple qui a fait mentir ceux qui voulaient nous exterminer.

Comme cette cananéenne de l’Évangile, nous avons dépassé le temps où nous étions comme des petits chiens qui mangeaient les miettes qui tombaient de la table de nos maîtres qui voulaient nous dominer. Ce temps n’existe plus à cause de la foi audacieuse des militants qui ont crié leurs droits et ainsi revendiqué pour toujours leur place au soleil. Et aujourd’hui l’Acadie s’affirme partout dans sa culture, dans sa réalité politique et cela dans la francophonie mondiale.  Nous avons fini de manger dans la main des maîtres qu’on nous avait imposé  grâce à la foi des hommes et des femmes qui debout nous permettent de nous reconnaître dans nos institutions avec des acquis dont nous sommes fiers.

Comme cette femme de l’Évangile, la foi de notre peuple a été plus forte que le silence qu’on a voulu nous imposer. Chez nos ancêtres il y a toujours  cette foi audacieuse qui sous-tendait nos revendications et qui a permis aux déportés que nous sommes de revenir sur nos terres et reprendre avec plus d’entêtement que jamais notre identité, notre culture.

Ce triste événement du grand dérangement a inspiré  nos artistes soit dans l’écriture comme dans la musique non pas pour  nous avouer vaincus  mais pour affirmer à la  face  du monde entier  le plus grand miracle de l’histoire qui soit la vitalité indomptable du peuple acadien.

Certains de nos ténors acadiens ont tellement crainte que le fait de se souvenir nous nous enlisions dans un passé doloriste. Faut-il perdre la mémoire d’avoir été pour mieux vivre l’Acadie d’aujourd’hui ?  Avoir ce regard  que je considère biaisé sur les événements de notre histoire, je dirais c’est sous-estimé la grandeur et les forces de rebondissement de notre peuple qui a assez d’échine pour se vivre dans la vérité du parcours de son histoire sans compromis et sans concession. Dans l’histoire d’un peuple comme le nôtre rien ne se négocie mais tout doit se vivre avec fierté et avec reconnaissance afin notre avenir soit dans la continuité des faits et gestes qui nous appartiennent. Si on se souvient en ce 250ième de notre déportation, ce n’est pas pour pleurer mais confirmer notre engagement à croire plus que jamais à l’avenir de notre culture et de notre identité dans cette belle langue de chez-nous.          

Dans la vie, tout est passage comme cette magnifique fresque murale de Pauline Bujold, une artiste peintre   d’ici nous le montre. Tous les passages de notre histoire nous ont conduit jusqu’à aujourd’hui. Je cite l’artiste elle-même qui a écrit au sujet  cette peinture à l’huile sur toiles montées :

« A l’heure de la grande option, nos ancêtres ont emprunté le chemin de l’exil afin de demeurer fidèles  à eux-mêmes. En Acadie, nous vivons¸          aujourd’hui la liberté d’être qui nous sommes. La route déracinante            qu’a été la déportation, une mer en tempête, nos devanciers l’ont choisie, il y a deux siècles et demi, pour engager l’avenir de leur descendance ».

En ce 250ième de notre déportation, à la suite de nos ancêtres qui ont emprunté le chemin de l’exil afin de demeurer fidèles à eux-mêmes, il faut que nous soyons des êtres convictions afin de vivre aujourd’hui ce que nous sommes. Si il y a deux siècles et demi nos ancêtres ont choisi la route du déracinement pour engager l’avenir de leur descendance, nous devons en toute fidélité aujourd’hui en 2005  faire de nos pieds et de nos mains pour solidifier l’originalité de notre culture, de notre identité et de notre langue. Dans la perspective de l’événement péninsulaire du Congrès mondial acadien 2009, donner davantage un visage francophone à nos villes et à nos villages pour que tout reflète que nous sommes de descendance francophone.  Ne jamais troquer nos valeurs collectives par accommodement  ou par opportunisme. Enfin faire comme la cananéenne de l’Évangile et notre patronne Notre-dame de l’Assomption, un acte de foi en ce que nous sommes en nous tenant debout devant qui que ce soit.

Aujourd’hui encore, c’est une femme Cananéenne qui nous invite à croire comme toutes ces femmes de l’Acadie qui ont été porteuses de vie aussi bien dans les communautés religieuses, dans le monde du travail et de notre culture que dans les foyers des familles acadiennes. Ces femmes nous ont dit  que croire pour le peuple acadien, ça été de se laisser habiter de cette confiance quand tout semblait sans issue, quand tout semblait perdu. Croire, pour nos ancêtres, ça été de se fier à Dieu, de s’attacher fermement à son alliance, comme  on lisait dans la première lecture. Croire pour nos ancêtres,  ça été de s’en remettre à Dieu au cœur des événements pleins de questions sans réponse à attendre et ne jamais baisser les bras même devant la mesquinerie de ceux qui ont voulu servir  d’une puissance politique pour nous opprimer et nous assimiler. Pour nos ancêtres a été vraie ce texte lu d’Isaïe dans la première lecture : « mon salut s’approche,  il vient, et ma justice va se révéler ». Et aujourd’hui, nous aussi, c’est Dieu qui nous conduit ici à sa montagne sainte pour célébrer avec les autres peuples de la terre.

Demain dans notre Acadie, nous allons célébrer notre fête nationale, Notre-Dame de l’Assomption.  A côté de la femme cananéenne, dans l’histoire du salut, dans l’histoire de notre peuple, la foi de Marie, la première des croyantes a toujours été lumière sur nos chemins d’obscurités. Nous retrouvons cette même foi chez nos ancêtres qui ont affronté les pires atrocités et qui ont toujours cru en la force de Dieu dans leur pèlerinage.

A la veille de notre fête nationale du l5 août, il est bon de regarder notre histoire une autre fois et y lire comment les pages de notre belle histoire sont marquées du sceau de la foi. C’est la foi d’un grand patriote Mgr Marcel François Richard qui avec d’autres a affirmé lors de la première convention nationale en juillet l881 à Memramcook  et je cite ce texte fondateur : « Il me semble qu’un peuple qui pendant plus d’un siècle d’épreuves et de persécutions a su conserver sa religion, sa langue, ses coutumes et son autonomie doit avoir acquis assez d’importance pour mériter qu’il adopte les moyens d’affirmer son existence solennelle ; et cela ne saurait se faire  plus efficacement que par la célébration d’une Fête nationale qui lui est propre ».

C’est la foi de  ces femmes et ces hommes de convictions qui aujourd’hui font partie de notre mémoire collective afin de nous inviter  à notre tour de raviver notre foi et notre identité comme francophone en Acadie. Comme notre patronne qui « conservait toutes ces choses en son cœur » nous lisons en saint Luc,  soyons des êtres d’amour et de cœur, soyons atteints jusqu’au cœur comme elle  pour mieux garder le trésor reçu de notre foi comme un  bel héritage qui fait partie de nos bagages, de notre histoire en ce temps de recul de la foi chrétienne. A l’image de Notre-Dame de l’Assomption, je dirais que l’histoire de notre peuple demeure toujours cette histoire où seul l’amour peut expliquer la survie de notre peuple.

Que l’étoile de notre drapeau depuis le l5 août  1884, symbole de Marie, Étoile de la Mer, Stella Maris, soit cette lumière qui  nous aide à croire que le cœur de Dieu bat toujours dans les événements de notre histoire. Quand je regarde le drapeau acadien, je pense que le symbole de l’étoile me dit toute la richesse intérieure de notre peuple et la grande beauté de son histoire marquée du sceau de la foi chrétienne. Ce choix de l’étoile n’est pas le fruit du hasard, ce choix qui  a été porté par la foi de Mgr Marcel François Richard et de tous les acadiens et acadiennes de l’époque  nous incite à nous engager nous aussi dans ce chemin de foi afin que notre histoire se vive dans cette continuité pour que le rôle lumineux et protecteur de Marie ne s’éteigne jamais. Le jour où nous tairons le nom de Marie dans notre histoire, c’est l’étoile de notre drapeau qui sera sans histoire, c’est notre peuple qui sera sans lumière. Marie, discrète comme toujours dans l’histoire du salut se veut toujours présente au milieu de nous, elle qui nous a aidés à vaincre la mort décrétée pour nous.

En cette Acadie de la modernité qui se vit dans la continuité de notre passé n’ayons pas peur d’affirmer cette dimension religieuse pour mieux assurer l’avenir du peuple acadien. Que notre patronne nous aide à dépasser nos peurs et nos timidités dans l’affirmation de ce que nous sommes. Que notre patronne nous donne cette passion de nos ancêtres pour faire à notre tour notre histoire avec la même audace et le même courage. En mettant le cap sur un avenir prometteur n’oublions jamais que nos acquis baignent toujours dans la foi incontournable de nos ancêtres.

En ce temps-ci de notre histoire, il faut constater les remous,  les tempêtes inévitables   dans la croissance d’un peuple. Il faut porter sur ces remises en question, sur es bouleversements un regard de foi éclairant, c’est cela que nous vivons dans cette célébration eucharistique.


 

Homélie du 4 septembre 2005 par Père Zoël Saulnier, à l'occasion du 250e anniversaire de la Déportation des Acadiens à l'Oratoire St-Joseph à Montréal : [revenir au début]

Le pèlerinage d’aujourd’hui sous la présidence de Mgr André Richard, archevêque acadien, me ramène au temps de ma vie étudiante où pendant mes vacances d’été travaillant dans les années ’50 aux élévateurs à grain au Port de Montréal, je suis venu faire l’ascension, la montée de l’escalier des pèlerins afin de confier à Saint-Joseph par l’intermédiaire du frère André mon projet de vocation sacerdotale.  Aujourd’hui, j’y reviens avec vous en ce l00e anniversaire de l’Oratoire Saint-Joseph et en ce 250ième anniversaire de notre déportation portant l’action de grâces du peuple acadien dans les chants de la Chorale grégorienne de la Péninsule acadienne et de la Chorale La France avec le soutien professionnel des Petits  Chanteurs du Mont-Royal qui célèbrent leur 50ième anniversaire de leur fondation.

Une célébration qui se veut rassemblante des acadiens et des acadiennes de la Diaspora, dans ce lieu  qui s’ouvre à la compassion de  Dieu pour  son peuple, ce Dieu qui guérit les corps et les âmes plus que toutes  les cliniques spécialisées du  monde, ce lieu où Dieu  surtout « le très-proche » habillant de sa tendresse  les blessures de nos vies personnelles. Être ici à Montréal, autrefois Ville-Marie, à l’Oratoire Saint-Joseph, les acadiens et acadiennes que nous sommes pour affirmer dans l’action de grâces notre unicité, notre appartenance à la francophonie portant les couleurs de notre foi chrétienne, héritage reçu de nos ancêtres.

Quel privilège que d’être ici grâce à l’accueil des religieux de la Congrégation Sainte-Croix  qui de moult façons ont tissé l’histoire de l’Acadie  dans l’enseignement supérieur !

 

Être ici sur la « butte » de l’Oratoire à la suite du frère André, où le pèlerin  est   dans sa foi porteur de tout l’amour du monde. Être ici dans ce carrefour de toutes les croyances religieuses,   l’Oratoire Saint-Joseph qui accueille les heureux de la vie comme les naufragés de la vie, de cultures différentes, où la diversité se vit dans la plus  belle harmonie.

            

Si dans ma vocation, si dans ma pastorale, j’ai épousé la cause du peuple acadien, c’est qu’il y a entre notre histoire et celle du peuple de Dieu tellement de ressemblance, tellement d’affinité, de l’exode à l’exil et le retour vers la terre promise, qu’il y a  un chemin semblable de foi vivante, et que les paroles de Yahweh à Abraham dans la 1ière lecture  résonne toujours comme si Dieu parlait à notre peuple dans nos fondateurs comme à nous ce matin : « Pars de ton pays, va vers le pays que je te ferai voir ». Une parole qui a conduit jusqu’à l’Île Sainte-Croix, les premiers colons de l’Acadie qui osèrent semer en Nouvelle-France  la foi chrétienne, la culture française et cette belle langue aux accents de chez-nous.

 

Comme Abraham, nos ancêtres ont cru qu’elle était vraie pour eux cette parole de Dieu à Abraham pour qu’elle soit aussi vraie pour nous ce matin, pèlerins de ce jour, « J’instituerai mon alliance entre moi et toi, et après avec ta descendance, de génération en génération ; ce sera une alliance perpétuelle par laquelle je serai ton Dieu et celui de ta descendance après toi ! » Voilà nos racines, voilà aussi notre histoire que nous proclamons ce matin en ce pèlerinage pour donner un lendemain à ce geste de l9l9 où un groupe d’acadiens  sous la direction du père Henri Cormier déposaient dans la crypte une statue de Notre-Dame de l’Assomption, patronne de notre peuple. Un geste si beau et si grand qui réunissait dans notre histoire, l’histoire du couple de Joseph et Marie, comme visage de l’amour de Dieu parmi nous.

 

Frères et sœurs, le pèlerin, c’est quelqu’un qui marche à l’invitation d’un appel, c’est quelqu’un qui se lève comme Abraham pour aller au-delà et revenir de l’exil plus fort, plus aguerri par les événements de son parcours. S’il y a une histoire parmi toutes histoires des peuples du monde qui a vraiment été un pèlerinage, c’est bien l’histoire du peuple acadien. Depuis l604, fondation de l’Acadie, depuis l608, fondation de Québec, depuis l755, voilà des années charnières dans notre histoire et en ce 250ième anniversaire de notre déportation, nous sommes plus que des revenants d’un génocide, mais les descendants d’un peuple qui a pris des chemins d’avenir à l’invitation même de Dieu, lui qui a su « rassemblés les déportés » et « pansé leurs blessures, comme nous le prions dans le psaume l46. Combien de foi nos ancêtres ont pris le bâton du pèlerin, pourchassés de leurs terre, brisés dans leur corps et âmes afin de retrouver à tout jamais la douceur du pays d’Évangéline où comme l’écrivait Longfellow :

Dans un vallon riant où mouraient tous les bruits,

Où les arbres ployaient sous le poids de leurs fruits,

Groupant comme au hasard ses coquettes chaumines,

On voyait autrefois, près du Bassin des Mines,

Un tranquille hameau fièrement encadré

C’était, sous un beau ciel, le hameau de Grand-Pré.

Prononcé le mot « Grand-Pré » en ce 250ième de notre Déportation, c’est nommer le sacré de notre histoire. La déportation, le grand dérangement, un événement non pas à célébrer mais à commémorer, non pas pour nous enliser dans un passé doloriste mais pour faire mémoire d’avoir été pour mieux vivre l’Acadie de la modernité. Avoir la crainte de se souvenir de ce grand dérangement, c’est sous-estimé la grandeur et la force de rebondissement de notre peuple qui a eu assez d’échine pour se vivre dans la vérité du parcours de son histoire sans compromis et sans concession. Dans l’histoire du peuple acadien rien ne se négocie mais tout doit se vivre avec fierté et avec reconnaissance afin que notre avenir  s’inscrive  dans la continuité des faits et gestes qui nous appartiennent.  Si nous sommes  ensemble ici dans cette magnifique basilique, ce n’est pas pour pleurer mais confirmer notre engagement à croire plus que jamais à l’avenir de notre culture et de notre identité à l’intérieur de la francophonie mondiale. En ce 250ième anniversaire de notre déportation, à la suite de nos ancêtres qui ont emprunté le chemin de l’exil afin de demeurer fidèles à eux-mêmes, il faut que nous soyons à notre tour des êtres de convictions afin de vivre pleinement aujourd’hui ce que nous sommes. S’il y a deux siècles et demi nos ancêtres ont choisi la route du déracinement pour engager l’avenir de leur descendance et nous sommes de cette descendance, nous devons en toute fidélité aujourd’hui en 2005  faire de nos pieds et de nos main pour solidifier l’originalité de notre culture dans sa dimension religieuse.

 

Ne  jamais troquer nos valeurs collectives par accommodement ou par opportunisme.  En ce 250ième anniversaire se souvenir pour mieux apprécier l’histoire de notre peuple qui s’est imposé au-delà des règles du jeu, un peuple condamné à mourir et qui a relevé la tête dans les forces de ses convictions pour dépasser les décrets d’une puissance qui était étrangère à notre culture et à notre foi et dans l’entêtement de vivre à filer entre les pattes du gouvernement britannique afin de déjouer ce qu’il y a eu de plus mesquin et de plus bas dans l’histoire de l’humanité. Au-delà de la déportation revenir plus fort que jamais et réapparaître sur nos terres d’ici et d’ailleurs à travers les brèches que nos ennemis avaient oublié de calfeutrer.  Quelle humiliation pour ces gens qui avaient décrété notre fin, mais quelle gloire pour nos ancêtres et nous-mêmes ! Quelle est grande la valeur de notre peuple qui a fait mentir ceux qui voulaient à tout prix nous exterminer.

 

On peut arracher quelqu’un de sa terre, lui enlever tous ses biens, mais on ne lui peut arracher sa foi, sa langue, sa culture, son identité.  Dans l’histoire du peuple acadien, une autre foi, les puissants de ce monde ont été confondus, les machinations  les plus sordides ont été contournées parce que Dieu fidèle à sa promesse a renouvelé son alliance perpétuelle avec nous,  nous aussi fils et filles d’Abraham., toujours en quête de  Dieu.

 

Pour mieux m’imprégner de notre histoire en ce 250ième anniversaire de notre Déportation, je relisais l’ouvrage de l’abbé Henri Casgrain, historien québécois dont l’œuvre  a été couronnée par l’Académie française qui a pour titre Pèlerinage au Pays d’Évangéline. En l755, dans une lettre au gouverneur Lawrence où il consignait l’embarquement à Grand-Pré, le colonel Winslow écrit, sans saisir toute la portée du texte : « les Acadiens s’avançaient en priant et en chantant ». Comme les déportés, c’est en priant et en chantant que ce matin nous vivons ce pèlerinage. Nous sommes rassemblés ici pour nous souvenir parce que nous voulons garder la mémoire de ce que nous avons été pour mieux marcher vers l’avenir  qui est le nôtre. Nous aurons  toujours à faire l’apprentissage d’un peuple dispersé sur les cinq continents, un apprentissage à vivre qui repose sur des convictions  qui nous habitent.  En ce 250ième de notre déportation, nous voulons nous vivre dans la continuité de notre histoire. Dans l’histoire de tous les peuples du monde, il y a des événements qui ont marqué leurs parcours et nous n’échappons pas à la règle.  La modernité de l’Acadie nous invite à tourner la page, mais à ne jamais oublier d’où nous venons pour mieux savoir où nous voulons aller.  Nous portons dans nos bagages, nous « les piétons de l’Atlantique »comme le chante Angèle Arseneault, des événements qui sont plus que des images qui peuplent notre imaginaire. Il y a eu un massacre pour la honte des uns, mais un élément déclencheur afin que nous soyons toujours en éveil et toujours les combattants de notre histoire.

 

Ce 250ième de notre déportation, c’est un travail en profondeur de notre mémoire collective afin de jeter des ponts entre notre passé et notre conscience contemporaine et cela à la lumière des changements sociaux qui respectent notre identité. Sans se camper dans le passé, il ne faut pas réduire l’histoire de l’Acadie à une fable et à des légendes qui fleurissent nos textes littéraires et notre folklore. Il y a plus. Avec ces événements et les luttes qui furent et qui sont encore les nôtres, il faut que la durée de notre histoire arrive, jusqu'à vous, vous qui  vivez  ici au Québec pour mieux nous engager ensemble et rendre présentes nos réalités politiques, économiques et culturelles.

 

En cette célébration eucharistique, nous voulons aujourd’hui avec vous reconnaître ayant  la même histoire et le même héritage ici en terre québécoise, c’est  guidé par Notre-Dame de l’Assomption, notre patronne, notre étoile discrète comme toujours, que nous nous sommes donnés rendez-vous auprès de saint Joseph, son époux. En l881, le choix de la fête de Notre-Dame de l’Assomption par Mgr Marcel-François  Richard a été un cadeau prophétique et un cadeau de vie et d’avenir dans la vie du peuple acadien, ce peuple aussi fier et tenace que les grands arbres de nos forêts et aussi déterminé que les vagues de nos mers.

Même aujourd’hui, notre peuple devenu adulte doit comprendre qu’une mère n’est jamais déchargée de sa sollicitude envers son enfant quelque que soit son âge. Le jour où nous tairons le nom de Marie dans notre histoire, c’est l’étoile de notre drapeau qui sera sans histoire, c’est notre peuple qui sera  sans lumière.  Quand je regarde notre drapeau, le drapeau acadien, je partage avec vous cette conviction ferme que l’étoile dans  le bleu du drapeau  nous dit toute la richesse intérieure et la foi  proverbiale de notre peuple  En l884,ce choix de l’étoile dans le bleu du drapeau français n’est pas le fruit du hasard, ce choix qui a été porté par la foi de Mgr Marcel-François  Richard et de tous les acadiens et acadiennes de l’époque nous invite nous aussi  à marcher  dans ce chemin de foi afin que notre histoire se vive dans cette continuité du rôle lumineux et protecteur de Marie.  En cette Acadie de la modernité qui se vit dans cette continuité de notre passé, n’ayons pas peur d’affirmer cette dimension religieuse pour mieux assurer l’avenir du peuple acadien partout il se vit, ici même au Québec. Que notre patronne Notre-Dame de l’Assomption nous aide à dépasser nos peurs et nos timidités dans l’affirmation de ce que nous sommes.  En ce temps-ci de notre histoire, il faut constater et accepter les remous et les tempêtes inévitables dans la croissance d’un peuple. Mais il faut comme nos ancêtres toujours sur ces remises en questions, sur ces bouleversements sociaux qui sont nôtres porter le regard éclairant de la foi chrétienne.  Croire pour nos ancêtres, ça été de se fier à Dieu, d’entendre le cœur de Dieu battre au cœur des événements de notre histoire.

 

Croire pour nos ancêtres, ça été de se laisser habiter par cette confiance quand tout semblait sans issue, quand tout semblait perdu. Croire pour nos ancêtres, ça été de s’en remettre à Dieu au cœur des événements pleins de questions sans réponse à attendre et de ne jamais baisser les bras devant la mesquinerie de ceux qui ont voulu se servir d’une puissance politique pour nous opprimer et nous assimiler. Conscients que dans l’Acadie de la modernité des choix sont à faire afin de bâtir un avenir sûr, j’ose croire que malgré tout il y aura toujours dans ces choix une dimension religieuse à vivre dans la fidélité à nos origines dans nos projets de société. Une dimension religieuse non pas de soumission mais de libération pour mieux donner un souffle de vie à notre culture, une dimension religieuse qui fait partie de nos gènes.  Et quand nous chantons notre hymne national  : Ave Maris Stella, Salue étoile de la mer, nous professons ce rôle protecteur de Notre-Dame de l’Assomption dans l’histoire du peuple acadien dont on avait décrété la mort.

 

Comme nous venons de le proclamer en l’évangile de saint Matthieu les Acadiens et acadiennes n’ont pas eu à réécrire les béatitudes de l’Évangile mais à les vivre pleinement. Heureux, c’est-à-dire debout en marche avec un cœur qui s’est fait pauvre, dépouillé de tout pour s’ouvrir dans la foi aux largesses  d’un nouvel avenir. Heureux les doux pour renoncer à tout esprit de vengeance devant les frasques de l’histoire. Heureux les miséricordieux dans une tolérance qui a engendré des solidarités entre nous et avec des cultures qui sont différentes de la nôtre. Chez moi comme chez beaucoup d’acadiens et acadiennes, la tolérance est aussi une attitude d’une conscience lucide devant le problème de nos relations avec les autres qui dans cette mer anglophone questionnent ou ignorent parfois même aujourd’hui notre identité comme francophone. Cette béatitude qui rejoint la tolérance du peuple que nous sommes qui  dans un contexte historique particulier nous a collectivement façonnés même  dans la logique de nos revendications. Chez nous, l’instinct de conservation a motivé une attitude d’acceptation de l’autre, le respect de ce qu’il est, de ce qu’il pense pour nous donner en quelque sorte le droit à notre propre identité. À notre façon nous avons été toujours des artisans de paix : «Heureux ceux qui font la paix, ils seront appelés fils de Dieu ».

 

C’est la foi de ces femmes et de ces hommes  qui aujourd’hui font partie de notre mémoire collective qui nous a conduit à ce pèlerinage de l’Acadie afin qu’à notre tour nous puissions raviver notre foi à la suite de notre patronne Notre-Dame de l’Assomption qui comme on le lit en saint Luc « conservait toutes ces choses en son cœur ».

 

Comme Marie, notre patronne soyons des êtres d’amour et de cœur, soyons atteints jusqu’au cœur comme elle pour mieux garder le trésor de notre foi comme un bel héritage qui fait partie de nos bagages, de notre histoire en ce temps de recul de la foi chrétienne. A l’image de Notre-Dame de l’Assomption, je dirais que l’histoire de notre peuple demeure toujours cette histoire où seul l’amour et la foi peuvent expliquer la survie de notre peuple.

 

Dans une prière à saint Joseph et Notre-Dame de l’Assomption je termine cette homélie, nous qui avons voulu donner une parole à l’histoire pour nous reconnaître au cœur du voyage de nos ancêtres. Donner une parole à notre histoire pour continuer à vivre l’héritage reçu et cela dans notre langue, dans notre culture et dans notre foi, ici en cette basilique.              

               

Marie et Joseph, vous habitez notre histoire

Marie et Joseph, vous nous avez appris au-delà du silence, de la tolérance, la valeurs des mots,  dans notre belle langue avec nos accents.

Marie et Joseph, vous nous avez appris le respect des différences et l’ouverture aux autres cultures et manières de vivre

Vous nous ouvrez dans la joie aujourd’hui des chemins d’avenir

Vous êtes toujours comme l’étoile, lumière sur les chemins de notre histoire.

 


Homélie du 24 avril 2005 par Père Serge Comeau à l'occasion du 50e anniversaire de vie religieuse de Sr Lorraine DeGrâce, c.n.d. : [revenir au début]

Une belle grande fête de la catéchèse dans notre paroisse aujourd’hui.  Nous voulons faire monter vers Dieu notre action de grâce pour cette mission qu’Il nous a confié de faire des disciples.  Quelle belle mission, confiée à nous, « des humbles serviteurs dans la vigne du Seigneur » selon les mots du pape Benoît XVI.  Et toujours avec le mots du nouveau pape : « Un trésor qui nous est confié malgré nos limites humaines » !  La catéchèse paroissiale et familiale, c’est une responsabilité et une grâce pour notre paroisse!

Le passage de la catéchèse dans un cadre scolaire à un cadre paroissial nous a d’abord inquiété… peu à peu, nous envoyons les fruits, même si parfois nous souhaiterions encore plus d’ardeur.  Notre sentiment rejoint parfois celui de Jésus avec ses disciples qui ont tant de difficulté à comprendre :  « Comme votre cœur est lent à croire… »  Même si nous n’avons pas d’assurance que les semences que nous jetons en terre aujourd’hui porteront des fleurs ou des fruits, ce qui est indéniable, c’est que la catéchèse a changé le visage de notre communauté.  Et c’est normal.  Notre désir, c’est d’enfanter, de mettre au monde des enfants de Dieu.  Je crois que nous réussissons à enfanter encore aujourd’hui. 

Timothy Radcliffe, le maître général de l’Ordre des frères prêcheurs, dans une lettre qu’il écrivait aux jeunes en formation disait : 

« Tout comme la naissance d’un enfant change la vie de toute la famille, ainsi chaque génération d’enfants que nous éduquons à la vie chrétienne modifie notre communauté.  Les jeunes que nous catéchisons arrivent avec leurs questions, pour lesquelles nous n’avons pas toujours de réponses, avec leurs idéaux, qui révèlent parfois nos insuffisances, avec leurs rêves, que nous ne partageons pas forcément.  Ils arrivent avec leurs amis, leur culture aux dimensions du monde depuis qu’ils naviguent sur le web.  Ils viennent nous déranger, et c’est pourquoi nous avons besoin d’eux.  Ils arrivent en général avec des exigences qui sont essentielles à notre Église, mais que nous avons parfois oubliées ou dépréciées : la prière commune plus profonde, plus belle ; une fraternité plus intime, dans laquelle nous nous soucions davantage les uns des autres; la courage de quitter nos anciennes traditions pour en inventer de nouvelles. »

Notre paroisse ne se renouvelle que parce que d’autres arrivent et insistent pour construire la vie de l’Église telle qu’ils l’ont lue décrite dans les livres de l’Évangile.  Je souhaite qu’ils continuent d’insister.

Pour cela, il faut être attentif à ce qu’ils disent; il faut les écouter.  Le langage est parfois difficile à déchiffrer.  Les parents sont souvent les mieux placés pour comprendre les rêves des enfants, leurs pleurs et leurs exaspérations.  Leur proximité avec eux les rend aptes à mieux comprendre.  Il n’y a pas que les parents qui ont cette sensibilité aux enfants et qui sont capable de comprendre leurs inquiétudes comme leurs espoirs. 

Chez-nous, depuis au-delà de 130 ans, les religieuses de la Congrégation de Notre-Dame nous servent d’exemple pour que dans un mouvement de kénose, à la manière de Jésus, nous nous mettions au niveau des enfants pour nous faire proche d’eux.  Le regretté pape Jean-Paul II disait dans une exhortation apostolique : «   Bien des familles religieuses féminines sont nées pour l’éducation chrétienne des enfants et des jeunes, surtout des plus abandonnées.  Qu cours de l’histoire, les religieuses se sont trouvées très engagées dans l’activité catéchétique de l’Église, en y réalisant un travail particulièrement adapté et efficace… Je tiens à les remercier au nom de toute L’Église.  Votre activité souvent humble et cachée, mais accomplie avec un zèle ardent  et généreux, est une forme éminente d’apostolat laïc. »   Sr Degrâce a été l’une de celles-là.  Elle a « accompli de grandes œuvres ».  Comme le dit Jésus dans l’évangile de ce dimanche de Pâques, si on doute en entendant sa parole, croyons surtout à cause de œuvres de Sr Degrâce.

Sa réussite, c’est son amour des enfants, et sa capacité à les écouter.  Les enfants attendent qu’on les écoute, mais surtout qu’on les aime.  Elle sait que « aimer, ce n’est pas être mou.  C’est savoir être exigeant en demeurant compréhensif.  C’est savoir donner confiance.  C’est croire qu’en tout être, il y a des richesses qui demandent à être développées.  Aimer, c’est aussi avoir du temps, beaucoup de temps, pour écouter.  C’est savoir être patient, savoir encourager plutôt que de critiquer. »  L’engagement de Sr Degrâce proclame avec force que les jeunes d’aujourd’hui, qui ont assurément besoin de s’instruire et besoin de diplômes, ont tout aussi assurément besoin d’être aimés.  Impossible de travailler à leur éducation sans les aimer.  C’est le message de Sr Degrâce, et par elle, le message des religieuses de la Congrégation de Notre-Dame.

Sa réussite vient aussi du soutien de sa communauté.  Un soutien spirituel.  C’est la grâce que nous avons à travers elle.  Son travail ne s’arrête pas lorsqu’elle quitte la Maison de la Culture Chrétienne.  Les enfants rencontrés, les parents avec lesquelles elle a discuté, elle les porte dans sa prière, qui est l’essence de la vie religieuse même au sein d’une communauté apostolique comme la Congrégation de Notre-Dame.  On sait que derrière son engagement, il y a de nombreuses personnes qui travaillent : des catéchètes, des parents et des conseils de notre paroisse qui n’hésitent pas à lui donner un coup de main au besoin … autour d’elle comme les abeille autour de la reine dans la ruche.  Si notre communauté réussit encore à enfanter des chrétiens, c’est à cause des femmes comme Sr Degrâce.  Elle a été une sage-femme qui a mis au monde des enfants… à la vie spirituelle. 

Originaire de St-Louis-de-Kent, une terre fertile en leaders acadiens, elle a pris racine chez-nous.  Maintenant, elle a notre accent, nos coutumes et nos airs de famille.  Ce qui fait la joie de notre communauté la réjouit.  Et ai-je besoin de vous dire que ce qui fait souffrir notre communauté la fait aussi pleurer?  Elle est fière de notre communauté, comme nous sommes fiers d’elle, et comme Marguerite  Bourgeois doit se réjouir de compter parmi ses filles une femme de la trempe de Sr Degrâce.  À travers elle Jésus se fait présent à nous.  À travers elle, il nous montre le chemin, l’unique chemin vers le bonheur.  À travers elle, il nous enseigne la vérité, celle qui nous rendra livre.  À travers elle, il nous dit que la vie religieuse est un don de Dieu pour notre temps.  Alléluia!


Homélie du 4 septembre 2005 par Père Serge Comeau, messe de la Rentrée avec Ode à l'Acadie - Jour du Seigneur à la télévision de Radio-Canada :  [revenir au début]

Des guetteurs recherchés 

Frères et sœurs, chers amis,

Alors que l’été tire à sa fin et que nos activités régulières reprennent peu à peu, en cette fin de semaine de la fête du travail, on pourrait dire que le liturgie nous fait une offre d’emploi : guetteurs recherchés! Et c’est un emploi qui peut être cumulé avec un autre si vous rentrez au travail en ces jours. 

La description du poste est quelque peu différente de ce qu’elle était à l’époque d’Ézéchiel.  En ces temps-là aussi on embauchait des guetteurs pour veiller sur la ville afin qu’elle ne soit pas prise par les étrangers.  Le guetteur travaillait surtout la nuit.  Son quart de travail se terminait le matin alors que la ville se réveillait.  Un psaume en fait d’ailleurs allusion en disant «Notre âme attend le Seigneur comme le guetteur attend l’aurore. »

Les guetteurs que l’on embauche en cette rentrée, c’est d’abord pour guetter les signes par milliers de la présence de Dieu dans nos vies.  Être chrétien, c’est vraiment exercer ce rôle de guetteur de la présence de Dieu dans nos vies.  Tout comme le guetteur dans l’Ancien Testament avait la confiance que l’aurore allait venir et que son travail allait se terminer, nous guettons les signes de la présence de Dieu avec la même confiance.  Lorsque l’on dit que l’on attend le Seigneur comme le veilleur guette l’aurore, nous avons la confiance qu’Il va venir… c’est une question de temps.  Se pourrait-il qu’un matin, le soleil ne se lève pas?  Non!  Avec la même confiance, nous savons que le Seigneur est tout proche, et nous guettons les signes de sa venue.  « Notre monde a besoin de ces hommes et de ces femmes qui , de nuit comme de jour, guettent les signes de la présence de Dieu. » (Ste Catherine de Sienne)

Ézéchiel devient pour nous le prototype du chrétien : être un guetteur. Le guetteur, il est attentif aux manifestations de Dieu dans sa vie, mais il est aussi sensible à ceux et celles qui l'entourent, les gens de sa maison, de sa communauté : il guette pour ne pas qu'ils fassent des faux pas, il guette

par amour pour ne pas que l'Adversaire vienne en pleine nuit. Si le guetteur de Dieu avait bonne presse dans l'Ancien Testament, celui qui s'attribue ce titre de guetteur à l'intérieur d'une communauté n'a pas toujours bonne réputation. Celui qui guette n'a pas toujours bonne presse. Et pourtant, on a besoin des autres pour devenir.

Nous avons besoin des autres pour devenir une personne

Les quelques versets de l'Évangile que nous venons de proclamer regroupent des conseils que le Christ donne pour nous redire que l'autre peut devenir une aide, un soutien, quelqu'un qui puisse même montrer avec respect un écart, une faute, et qui nous aide à revenir à une vie plus conforme à notre idéal. Nous sommes invités à trouver ce savoir-faire adapté à notre culture. C'est une invitation à retrouver un certain idéal de simplicité et de soutien mutuel dans nos relations humaines.

Dans notre monde marqué par l'indifférence, nous avons à trouver un savoir-faire, une sagesse, pour aider les autres dans leur devenir. Devenir guetteur, non pas pour chercher à prendre l'autre en défaut, mais parce qu'on est soucieux de son devenir. Trop souvent, au nom de la liberté, de l'autonomie, on garde silence, on regarde

l'autre marcher vers un précipice sans rien dire. C'est ce que l'Église appelle pécher par omission : se taire au lieu d'aider l'autre. Notre parole, elle doit aussi s'accompagner d'un réel désir d'aider l'autre. La parole a besoin du geste pour marquer l'authenticité de notre souci du bonheur de l'autre. Et si nous craignons de reprendre l'autre, nous pouvons nous demander quelle serait notre propre réaction lorsqu'un quelqu'un s'approche de nous et qui se fait assez proche pour nous proposer un autre chemin…

La communauté, elle est voulue pour prendre ce rôle de guetteur elle aussi, être une sentinelle qui éclaire les membres du Corps : " dans l'Église, il ne peut pas y avoir de sévérités réciproques, mais seulement la limpidité, la bonté du cœur, la compassion. Quand une communauté est un abîme de bienveillance, à coup sûr, elle rend l'Évangile crédible " (Frère Roger, Lettre de Taizé, 1989 et 2005).

L'entraide communautaire, n'est-ce pas ce qui a été la pierre angulaire de notre peuple et de son retour en Acadie après la déportation? Aujourd'hui, nous pouvons prendre le chemin du peuple acadien, puisqu'il est déjà balisé, pour pouvoir à notre tour l'emprunter. C'est à cause de la solidarité entre eux que les déportés ont pu retrouver la force nécessaire pour prendre le chemin du retour. La vitalité de nos communautés et son sens de l'hospitalité pour l'Autre aux multiples visages est garante de notre avenir.

C'est aujourd'hui la veille du premier embarquement qui marqua le début de la déportation de dix milles Acadiens. Il y a 250 ans, nos ancêtres étaient rassemblés dans une église, celle de Grand Pré pour recevoir l'ordre de la déportation. Et aujourd'hui, nous voici à nouveau rassemblés dans une église, cette fois pour unir nos voix " à ce concert national, où toutes les voix de la grande famille acadiennes se réunissent pour chanter à l'unisson Gaudeamus in Domino " (Mgr Marcel-François Richard, convention nationale de 1881).

À l'intérieur de cette église de Caraquet, nous voulons laisser résonner jusque dans ses moindres recoins, le souvenir présent dans notre mémoire collective de ce qui s'est déroulé à Grand-Pré. Comme les déportés chantaient Jérusalem au bord des fleuves de Babylone, nous aussi nous avons chanté Grand Pré et nous continuons à le faire pour rendre hommage à nos devanciers et aider nos enfants à s'engager dans leur propre histoire qui sera bien plus belle, beaucoup moins dramatique, avec des arcs-en-ciel, d'la danse et d'la musique. Ce pèlerinage dans le temps et dans l'espace pour mieux se souvenir nous mène aujourd'hui à Grand-Pré.


Homélie du 15 août 2005 par Père Serge Comeau à l'occasion de la Fête Nationale des Acadien.ne.s au Sanctuaire Sainte-Anne-du-Bocage de Caraquet [revenir au début]

Frères et sœurs, chers amis(es), 

Dans le livre des Psaume, nous lisons : 

« Quand le Seigneur ramena les déportés

Notre bouche était pleine de rires.

Nous poussions des cris de joie.

C’est là que nos ennemis se dirent entre eux :

‘Quelle merveille fait pour eux le Seigneur!’

Nous étions en grande joie! » 

Ces paroles écrites cinq siècles avant notre ère par le grand David, nous les reprenons ce matin, avec la même joie au cœur et la même espérance que « les merveilles de Dieu ne sont pas terminées; elles se renouvellent d’âge en âge. » (Livre des Lamentations) 

Nous voici rassemblés sur cette terre sainte où la mer qui avance jusqu’à nos pieds concrétise pour nous un espace ouvert vers lequel nous nous tournons pour nous engager dans l’avenir avec courage et en toute liberté.  Sut cette terre sainte, permettez-moi d’abord de reprendre comme en écho ce que je rappelais ici  le 28 juillet dernier alors que nous commémorions le 250e anniversaire de la déportation. 

L’année dernière, nous avons célébré avec éclat 400 ans de présence en Amérique.  Mais nous somme plus qu’une présence ici, nous sommes un peuple qui, par sa présence, fait une différence parce qu’il parle, il chante, il prend sa place dans le concert des nations.  Si le peuple existait dès 1604…  c’était en promesse.  Avec le terrible événement de 1755, il existe en réalité.  Tout comme le peuple saint existait en promesse avec Abraham et en réalité avec Moïse lorsque Dieu ouvrit un chemin dans la mer, notre peuple existe en réalité depuis la déportation de 1755. 

Ce matin, avec vous je me demande : est-ce que notre peuple existerait si ce n’eût été de la déportation?  D’avoir risqué de disparaître nous a donné des forces.  Comme quelqu’un qui frôle la mort, nous avons presque disparu.  La vie ne peut plus avoir le même sens après un tel événement.  Elle a une autre saveur. Elle doit être vécu différemment avec le désir de goûter à chaque seconde, à chaque jour… et utiliser le temps qui nous est donné pour réaliser les plus grands désirs que nous portons pour notre monde et nous-mêmes. 

Mais ce matin, ce n’est pas tant le grand dérangement que nous voulons commémorer, mais c’est le grand arrangement que nous voulons célébrer.  Le grand arrangement, initié par Mgr Marcel François Richard, c’est le choix par le peuple de symboles nationaux puisés dans ce qu’il y a de plus beau dans notre tradition chrétienne : le choix d’une patronne et d’une fête nationale en 1881, cette année 1881 qui est à mi-chemin entre la déportation et aujourd’hui.

Depuis 125 ans, nous célébrons Notre-Dame-de-l’Assomption comme notre patronne.  Non seulement nous l’avons choisi, mais elle aussi nous a choisi, et nous pouvons mettre dans sa bouche ces paroles du Christ pour nous : « Ce n’est pas vous qui m’avez choisi, c’est moi qui vous ai choisi et établi afin que vous partiez, que vous portiez du fruit et que votre fruit demeure. »  (Évangile selon St-Jean) Marie veille sur notre peuple… ce qui fit dire à une historienne que « si le peuple acadien n’a pas perdu sa langue, c’est que Marie en a pris possession en1881. » 

L’Acadie apparaît comme l’alter ego de Marie dans son Assomption.  Mais qu’est-ce que nous célébrons au juste en célébrant l’Assomption de Marie?  L’Assomption, c’est la glorification du corps.  Ce dogme décrétée en 1951, au lendemain des horreurs de la Seconde Guerre Mondiale, voulait apporter un message de dignité à l’égard du corps et de la vie humaine. 

On dit, et la formule est bien connue, que le 15 août en Acadie, c’est Noël en été.  C’est plus profond qu’on le pense.  C’est vrai que notre ville s’endimanche et qu’elle se fait belle.  Et comme à Noël, que la fête tombe un dimanche ou un jour de semaine, on prend le temps de s’arrêter et de se retrouver avec ceux qu’on aime.  Comme à Noël, nous célébrons une naissance, renouvelée à chaque année.   

C’est ce que me partageait Antonine Maillet que je retrouvais il y a deux semaines dans son chalet à Bouctouche : le peuple acadien qui est né et qui a dû renaître tant de fois au cours de son histoire ne pouvait pas avoir autre patronne qu’une femme qui a le pouvoir d’enfanter.  Une vierge, de surcroît, qui n’a pas été altéré par la nature, et qui ne peut qu’enfanter qu’à partir de la foi et de l’espérance.  Parce que l’Acadie existe en réalité, elle a besoin d’une femme pour l’enfanter.  Comme le disait un grand théologie, Karl Rahner, « les abstractions n’ont pas besoin de mères. »  Aujourd’hui, c’est la fête d’un enfantement… et ce soir à 18 heures, comme à Noël, les cloches de notre église vont appeler nos cris pour évoquer le ré-enfantement de notre peuple. 

 Mais si on peut aller jusqu’à dire, même dans le cadre de cette liturgie, que le 15 août c’est Noël en été, c’est bien parce que le mystère de l’Assomption de Marie au ciel, c’est le mystère de l’Incarnation à son meilleur.  C’est l’œuvre accomplie du Père dans la vie d’une de ses créatures, une œuvre qui nous invite à un regard d’émerveillement pour contempler l’œuvre de l’Esprit lorsqu’il déploie sa force dans  la faiblesse. 

Notre foi nous enseigne que Marie, une créature humaine comme nous, femme d'Israël et Mère de Jésus, a été enlevée, corps et âme, dès l'instant de sa mort, dans le ciel, où elle règne avec son fils.  De ce mystère nous pouvons évidemment déduire de nombreuses leçons. La leçon peut-être la plus importante que nous pouvons en tirer pour nous, de nos jours, est un rappel de la dignité de la nature humaine, de la vie humaine, du corps humain.

De nos jours, le mépris de la personne humaine, de la vie humaine et du corps humain semble avoir pris des proportions tout à fait aberrantes.  Il suffit d'ouvrir les pages du journal pour voir des corps détruits ou mutilés par la guerre, par des assauts démentiels de terroristes qui peuvent se procurer sans difficulté des armes; pour lire des récits sur le nettoyage ethnique pratiqué en plusieurs parties du monde, sur des déportations de populations qui se continuent, sur la destruction du corps humain par la drogue et le terrorisme, les abus du corps par la prostitution y compris celle d'enfants, ou encore l’hypersexualisation du corps chez les adolescents qui prend des proportions inquiétantes. 

On pourrait facilement allonger cette liste. Et le fait que la communauté internationale -c'est-à-dire nous tous- laisse se perpétuer durant des mois et même des années certaines de ces situations montre bien à quel point nous avons perdu le sens de la dignité du corps humain, de l'homme et de la femme.  L'Assomption de Marie nous rappelle que notre corps, parce qu'il est appelé à la gloire même dans laquelle se trouve déjà Marie, est digne du plus grand respect. Il s'agit là sans doute d'une question de morale personnelle, mais aussi d'une question de moralité publique, politique et sociale.

Lorsque Marie, chantant les louanges de Dieu, s'exclame "il renverse les puissants de leurs trônes, il élève les humbles; il comble de bien les affamés, renvoie les riches les mains vides", elle décrit des situation sociales guère différentes de celles qui créent de nos jours tant de millions de personnes déportés, réfugiées, opprimées et affamées, à travers le monde entier.  Nous avons dans notre religion qui a réussit à concilier l’amour du ciel et de la terre, tout un programme politique pour que l’Acadie puisse briller au firmament du concert des nations.  Demandons à Marie de nous donner à chacun de nous et de donner aux dirigeants des municipalités de la Péninsule Acadienne, de notre province et de notre pays ce respect de la personne humaine et du corps humain, qui pourrait transformer profondément les situations à peine mentionnées.

L’importance accordée à la condition humaine et à la vie terrestre par notre religion a été un facteur capital dans notre histoire. Qu’est-ce qui nous a fait revenir ici?  Le besoin de revoir la terre qui a vu naître nos enfants.  C’est l’amour de la terre et de la condition humaine qui a fait revenir nos ancêtres.  Si la religion ne leur avait enseigné que l’amour du ciel, ils seraient restés là où ils avaient été déportés, en attendant le jour de leur passage vers l’autre monde.  Mais puisqu’ils avaient la conscience que la valeur de la vie, elle est aussi dans celle que nous vivons ici-bas, ils voulaient le meilleur.  En oubliant l’incarnation dans nos vies, notre religion tombe dans l’abstrait, elle se perd dans le vague et notre prière s’égare dans les nuages ou elle se concentre sur notre nombril.  Hélas, nous sommes témoins de tant d’actes de barbarie qui brisent le corps, des actes faits au nom d’une religion qui néglige le sens de la vie terrestre.

Si on me demandait un mot pour résumer ce que nous célébrons ce matin, et même un mot qui représente le trésor de notre religion, je dirais que c’est le mot « corps ».   Vous trouvez peut-être que je manque d’un peu de spirituel.  Suivez-moi.  Le corps…

-le corps terrestre de Marie, chérie par Ste Anne et St Joachim, un corps dans lequel le « Verbe s’est fait chair et a habité parmi nous »;

-le corps physique de Jésus, celui qu’il tient de Marie et qui a soigné les faibles, guéri les malades, enseigné les petits, un corps qui a aussi connu la souffrance;

-le corps mystique du Christ qui est son Église et conséquemment le signe du Ressuscité dans le monde;

-le corps sacramentel qu’Il nous donne dans son eucharistie qui nous permet de devenir nous–mêmes ce que nous recevons;

-mon propre corps qui me permet d’aimer et de servir et dont j’attends la résurrection glorieuse;

-le corps des autres que j’ai à nourrir par la charité, le corps à respecter même lorsqu’il est affaibli et vulnérable aux extrémités de la vie, les corps mutilés, déportés, violentés;

-la beauté des corps qui fit s’exclamer Dieu au premier matin du monde : « C’est très bon! »

-le corps de Marie qui est élevé au ciel aujourd’hui et qui est un gage de notre salut.

Je me souviens de mon père qui avait dit de Marie-Louise, une voisine de chez-nous que nous avions tous canonisé dans nos cœurs, lorsqu’elle nous a quitté, il a dit « Le prochain qui part n’à qu’à s’accrocher à la jupe de Louise et il entre au paradis. »  Et cinq jours plus tard, c’est lui qui mourrait subitement.

Nous talonnons Marie de si près que là où elle entre aujourd’hui victorieuse, nous allons entrer un jour.  L’Assomption, c’est Marie élevée comme modèle, comme chef de file, comme la première de cordée qui nous aide nous-mêmes pour notre ascension qui commence ici-bas.  Les deux pieds sur terre, nous levons les yeux au ciel pour apercevoir la Stella Maris, une étoile plus brillante que les autres qui nous guide vers le Christ.  Ce sont les étoiles qui font marcher tant de gens…

Aujourd’hui, des centaines de milliers de jeunes marchent vers Cologne à l’invitation du pape pour célébrer les JMJ.  Ils sont en pèlerinage avec ce thème des mages « Nous avons vu se lever son étoile et nous sommes venus l’adorer. »  Comme l’étoile de Bethléem dans la nuit de Noël conduit à l’Enfant, l’étoile de la Mer nous conduit aussi à Celui à qui le vent et la mer obéissent.

En m’adressant à Marie ce matin, je revois la sculpture de Jacques Éric Lanteigne du Groupe Existe sur le parterre de la Maison de la Culture Chrétienne.  Une femme que j’imagine facilement être Marie, à la proue du navire ramenant les déportés sur une terre familière pour une gigue où Dieu lui-même est le « câleux ».  Je m’adresse à Marie avec fierté et bonheur au nom de mon peuple que j’aime.

Ô Marie, nous nous tournons vers toi les yeux pleins d’espoir et le cœur plein de désirs.  Nous ouvrons tout grand nos cœurs pour accueillir le Prince de la Paix.

Mère de l’Église, tes fils et tes filles d’ici te remercient pour avoir accueilli dans ton sein le Verbe de Vie afin que le monde lui-même puisse renaître.

Ô Stella Maris, lumière de tous les océans et maîtresse des profondeurs, guide le peuple de l’Acadie à travers les mers sombres et tempétueuses vers le port de lumière et de paix préparé par Celui qui apaisa la tempête.  Garde tes enfants à l’abri du mal car les vagues sont hautes et nous sommes loin du port. 

Prie pour que nous ne tombions pas en chemin, pour que dans nos cœurs et dans nos esprits, dans les jours de tumulte et dans les jours de calme, nous gardions les yeux fixés sur le Christ en disant : « Qui est-il donc celui-là, que même le vent et la mer lui obéissent? ».

Notre-Dame-de-la-Paix, en qui toutes les tempêtes s’apaisent peu à peu, prie à l’aube du nouveau millénaire, pour que l’Église en Acadie ne cesse de montrer le face glorieuse du Christ.  Intercède pour l’Église en Acadie afin qu’elle reçoive la force de suivre fidèlement le chemin ouvert par le Christ.

Marie notre Mère, guide-nous!

Étoile de la mer, éclaire-nous!

Notre-Dame-de-la-Paix, prie pour nous!

 


Bilan de sept années de ministère pastoral dans l'unité pastorale St-Jean-Eudes - samedi 19 août (Bas-Caraquet) et dimanche 20 août 2006 (Caraquet)

De l'avenir j'ai moins de certitudes que le passé, sinon que l'Esprit nous précède. Il est difficile de prévoir ce que sera l'Église du Christ qui est en Acadie dans cinquante ans. D'ailleurs, qui aurait pu dire à l'avance les transformations que l'Église a traversée depuis les années soixante. Ce qui est certain, c'est que l'Esprit de Dieu était à l'œuvre à travers tout ce que nous avons créé ensemble. J'ai voulu écrire cette re-création de l'Église de Caraquet en m'inspirant de ce récit fondateur de la Création que l'on retrouve dans la Genèse. Ce récit est aussi l'histoire de la genèse de mon être-pasteur. Mes sept années ici sont donc l'écho des sept jours de la création où Dieu continue de créer… à travers nos vases d'argiles.

Au commencement, c'était au siècle dernier, en 1999, l'Esprit planait déjà à la surface des eux de la baie de Caraquet. Dieu dit " Qu'une nouvelle unité pastorale soit! " Et ce fut ainsi. Avec un nouveau pasteur, lui-même créé au cours de la même année, trois communautés qu'on jugeait à tort rivales et envieuses l'une de l'autre, commencèrent à travailler ensemble pour assurer des lendemains à la Mission de l'Église. Ensemble, les communautés traversèrent la porte sainte du Grand Jubilé de l'an 2000. Ils célébrèrent le Jubilé des artistes, le Jubilé des enfants, le Jubilé des mouvements, etc. Une porte s'ouvrait sur un nouvel avenir. Il y eut un soir. Il y eut un matin. Ce fut le premier jour. La première année.

En 2001, Dieu dit " Qu'une équipe pastorale soit! " Et ce fut ainsi. Sœur Patricia Egan, Jean-Claude Doiron, Clarence Savoie, et plus tard Bernard Paulin, commencèrent à collaborer étroitement avec le pasteur et les conseils des paroisses de l'unité pastorale. Que de découvertes : l'Église ne repose plus uniquement sur les prêtres, mais les laïcs ont aussi une place de choix dans les postes décisionnels en vertu de leur baptême! Que de dévouement bénévole : les catéchètes, les gens impliqués en liturgie, les membres des conseils paroissiaux et des mouvements assidus à de nombreux engagements pour présenter le visage d'une Église acadienne du 20e siècle. Comment ne pas évoquer la collaboration fructueuse avec les communautés religieuses qui ont été pour moi un soutien précieux : les filles de Marie-de-l'Assomption, les Religieuses Hospitalières de St-Joseph et les religieuses de la Congrégation de Notre-Dame. Et les prêtres de la région qui m'ont révélé la valeur du presbytérium : Arsène Duguay, Aristide Léger, Sylvio Dugas, Benoît Rioux, Charles-Édouard Albert, Georges Ozouf, Jean-Gilles Haché et Edmond Richard. Des collaborateurs exceptionnels depuis les premières années et dont le souvenir reste présent. À la fin de cette année, Dieu vit tout ce qu'il avait fait, c'était bon. Il y eut un soir. Il y eut un matin. Ce fut le deuxième jour.

Dieu dit " Vous êtes le sel de la terre. Vous êtes la lumière du monde. " Cette parole de Jésus reprise par un vieillard à près d'un million de jeunes rassemblés sur les rives du lac Ontario ont marqué mon passage ici. La préparation et la célébration des 17e Journées Mondiales de la Jeunesse à Toronto en 2002 ont été pour moi l'ouverture à l'Église universelle et aux défis du travail ecclésial entre prêtres et laïcs, entre des gens avec différentes conceptions de la Mission. Les JMJ ont été une belle occasion pour bâtir des ponts avec tant de gens soucieux de l'avenir de l'Église. Il y eut un soir. Il y eut un matin. Ce fut le troisième jour.

Dieu dit " Que la Maison de la Culture Chrétienne soit! " Et la Maison de la Culture Chrétienne fut. La catéchèse, l'art religieux, la spiritualité chrétienne avait pignon sur rue à Caraquet. Une exposition de photos du patrimoine religieux bâti du photographe Yvon Cormier, des spectacles sur la galerie, de la littérature chrétienne, des liturgies animées par les artistes donnèrent le coup d'envoi à ce projet de nouvelle évangélisation qui mettait en valeur la collaboration entre les paroisses de l'unité et entre les conseils. On venait de partout pour découvrir une nouvelle façon de faire Église qui accorde deux registres : le respect du passé et l'avancée confiante dans l'avenir. Dieu vit tout ce qu'il avait fait, c'était bon. Il y eut un soir. Il y eut un matin. Ce fut le quatrième jour.

Dieu dit " Que la fête commence! " Et quelle fête ce fut. Une année de réjouissance pour célébrer les 400 ans de l'Acadie. 400 ans de présence française en Amérique du Nord. 400 ans de présence chrétienne en Nouvelle-France. Comment ne pas évoquer la visite historique du cardinal Ouellette de Québec à Ste-Anne-du-Bocage, la merveilleuse exposition d'icônes de feue Edna Hébert, le 40e Festival Acadien. Une grande fête, un tintamarre qui aura duré tout un été, pour dire la vitalité de l'Acadie au reste du monde. Une fête pour se souvenir de notre héritage judéo-chrétien et pour se rappeler que celui-ci est la pierre angulaire sur laquelle nous voulons bâtir. Dieu vit tout ce qu'il avait fait, c'était bon. Il y eut un soir. Il y eut un matin. Ce fut le cinquième jour.

Dieu dit " Que la paroisse St-Joachim s'unisse à l'unité pastorale St-Simon, St-Pierre et St-Paul et que l'unité pastorale St-Jean-Eudes soit! " Et ce fut ainsi. Dieu les bénit et les unit en disant : " Soyez fécond. Faites des disciples en les baptisant et leur apprenant à garder fidèlement les commandements que je vous ai donnés. Et moi, je suis avec vous tous les jours jusqu'à la fin des temps. " Il y eut un soir. Il y eut un matin. Ce fut le sixième jour.

Le septième jour, Dieu vit toute l'œuvre qu'Il avait faite. C'était bon. C'était très bon. Il se reposa alors de tout ce qu'Il avait fait. Il y eut un soir. Il y eut un matin. Ce fut le septième jour.

Avant ce repos, permettez-moi de redire qu'à travers moi, à travers nous, c'est Dieu qui est à l'œuvre. Aujourd'hui, Dieu regarde l'unité pastorale St-Jean-Eudes et toutes ses réalisations à la manière d'un artiste qui contemple son œuvre après avoir travaillé et peiné. Tout comme l'artiste ne peut détruire son œuvre, Dieu ne peut nier ce qu'Il a fait. Il va continuer à prendre soin de cette unité. Il le fait en lui faisant don de nouveaux pasteurs qui viennent en son nom continuer la Mission. Quant à moi, mon cœur parle en gratitude pour tout ce que j'ai appris au contact de ces communautés que j'ai aimées, que j'aime et que j'aimerai. Pour moi, Caraquet aura été Nazareth : le lieu de la croissance et de la formation de mon être-pasteur. Ici, j'aurai appris que pour le bon berger, " il n'y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux qu'on aime. "

Serge Comeau Caraquet, N.-B. Le 20 août 2006

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